Bílina-Chudeřice est un théâtre improbable pour un bras de fer continental. C'est ici, en Tchéquie, que le verrier japonais AGC exploite l'une des plus grandes usines de verre automobile d'Europe, produisant environ 32 millions de pièces de verre automobile par an. Alors que l'Allemagne et la France défendent un plan « Made in Europe » qui lierait les voitures importées à des pièces européennes, ce type d'implantation locale est soudain devenu la monnaie la plus précieuse de l'industrie.

Les propositions ont de quoi inquiéter les équipementiers automobiles mondiaux, et pour de bonnes raisons. Selon ce plan, les voitures importées du Japon devraient s'approvisionner en pièces en Europe — une exigence qui récompense les entreprises produisant à l'intérieur du bloc et étrangle celles qui dépendent de longues chaînes de composants transcontinentales. Dans toute la base de fournisseurs, on ne parle plus que de cela : les coûts et la compétitivité.

Les constructeurs sud-coréens pourraient eux aussi être pénalisés. Hyundai et Kia produisent des voitures en Tchéquie et en Slovaquie, mais ils importent aussi des modèles en Europe — et ces importations seraient directement dans le viseur des nouvelles exigences de contenu. Leurs usines d'Europe centrale produisent à l'intérieur du bloc ; les modèles qu'ils expédient, non.

L'usine tchèque d'AGC illustre l'autre face de la médaille. Une entreprise japonaise qui a implanté sa production au cœur de l'Europe fabrique aujourd'hui un verre qui compte comme contenu européen selon toutes les définitions — environ 32 millions de pièces par an. Suivant la logique du mouvement « Made in Europe », Bílina-Chudeřice est exactement le type d'investissement que le nouveau règlement entend encourager : un capital mondial, une production locale, des pièces européennes.