Trente pour cent. C'est la part de la production de l'usine slovaque de Volkswagen constituée de SUV Audi — et c'est précisément cette tranche de production que le pays pourrait aujourd'hui perdre. Une annonce concernant les futurs volumes Audi a jeté le doute sur cette répartition, et avec elle sur le destin de l'un des sites industriels les plus importants de Slovaquie.

L'issue, cependant, est loin d'être scellée. Comme le rapporte The Slovak Spectator, une partie de la production en question pourrait également être transférée depuis l'usine mexicaine existante d'Audi, plutôt que depuis la Slovaquie — un scénario qui épargnerait cette perte à Bratislava. L'annonce a déjà suscité une réaction d'Alexander Matušek, président de l'Association de l'industrie automobile slovaque, qui l'a évoquée dans des commentaires au Denník N — signe de l'attention avec laquelle l'industrie du pays guette chaque mot.

Cette fébrilité s'explique aisément en termes commerciaux. L'Allemagne achète à elle seule 23 % de tout ce que la Slovaquie exporte, suivie de près par la République tchèque (12,4 %), la Pologne (8,3 %) et l'Autriche (5,7 %) — une carte des marchés qu'une usine produisant des SUV premium est précisément chargée de servir. Retirez un tiers de sa production, et l'onde de choc traverserait les équipementiers, les axes routiers et les corridors logistiques de toute la région.

La Slovaquie mène en outre toutes ces négociations sur une scène mondiale agitée. Une forte baisse des ventes de voitures neuves sur le marché intérieur chinois a entraîné des conséquences négatives à l'échelle mondiale, et les constructeurs chinois y répondent en augmentant activement leurs exportations vers d'autres pays. Pendant ce temps, le plan européen « Made in Europe » refuserait des subventions aux voitures importées du Japon tout en favorisant les modèles produits en France, au Portugal et en Europe de l'Est — Slovaquie comprise — mais seulement si une part suffisante de leurs pièces provient d'Europe, une condition qui met les équipementiers mondiaux en état d'alerte.