La Roumanie fait plus que sa part du travail alors que le marché européen des camions retrouve sa vitesse de croisière. Les derniers chiffres montrent le segment des camions du pays en hausse de 12,6 % — un rythme qui laisse les poids lourds traditionnels du continent quasiment sur place. L'Allemagne, première économie d'Europe, s'est contentée de 3,9 %, tandis que l'Italie a à peine progressé à 3,8 %. Pour un marché longtemps éclipsé par ses voisins occidentaux, le signal est sans équivoque : le secteur du fret roumain est passé à la vitesse supérieure.
La flambée roumaine s'inscrit dans un basculement plus large. La reprise du marché des camions de l'UE est portée avant tout par la Pologne, et le tableau des croissances se lit comme une carte de la nouvelle économie du fret européen : la Lituanie en hausse de 24,9 %, l'Espagne de 13,4 %, la Roumanie de 12,6 % et la Hongrie de 5,9 % — toutes largement devant l'Allemagne et l'Italie. Les gestionnaires de flottes, semble-t-il, votent avec leur carnet de commandes.
Le contraste avec le marché des voitures particulières pourrait difficilement être plus frappant. Le marché automobile de l'Europe de l'Est est attendu à 3,4 millions d'unités, en hausse de seulement 0,6 % — une région dont les volumes de vente frôlent désormais ceux des États-Unis, à 3,5 millions, mais dont la croissance ne représente qu'une fraction du boom roumain des véhicules utilitaires. Dans un marché automobile européen qui bouge à peine, le secteur roumain des camions est l'exception qui exige toute l'attention.
Cette rareté de la croissance la rend d'autant plus précieuse. Le cabinet Inovev s'attend à ce que les ventes européennes de berlines et de SUV en 2035 se situent à peu près au niveau de 2026 — 16,7 millions contre 16,9 millions. Une Europe qui ne croît plus en volume est une Europe où chaque vente doit être arrachée à un concurrent, et les poches de dynamisme comme la Roumanie deviennent les champs de bataille où les parts de marché se gagnent et se perdent. Les prévisions peuvent être stables ; la lutte en dessous sera tout sauf tranquille.



